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mar 04

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« Boom » de Beppe Grillo, le coup d’envoi d’un nouveau système politique

Nos hommes politiques et leurs conseillers, souvent déguisés en journalistes, ressemblent à Alice au Pays des merveilles. Pendant des mois ils ne se sont pas aperçus du phénomène Grillo, sautillant d’une chaine de télé à l’autre, n’en parlant jamais sauf pour le qualifier de « populiste » ou d’ « antipolitique ». C’est seulement dans les derniers jours de la campagne électorale qu’on a vu poindre une certaine préoccupation. Il suffisait pourtant de mettre un peu le nez en dehors des studios de télé, de descendre dans la rue et d’entrer dans un bar ou de monter dans un bus pour sentir ce qui se passait. Si vous posiez la question [du vote] à un adulte, il vous répondait : « cette fois je ne vote pas, j’en ai marre qu’on se foute de moi, ou bien je donne mon vote à Grillo. » Les jeunes, dans des proportions inversées par rapport aux plus âgés, se déclaraient ouvertement « grillini » ou bien « apolitiques ».

Et aujourd’hui, les partis semblent comme tétanisés. La piquette qu’ils ont prise est même bien plus grave que ce qu’il parait. En pourcentage, ils enregistrent encore des résultats apparemment flatteurs (autour de 30 %), mais sur une population de votants 2 fois moins nombreuse. En réalité, Berlusconi, qui se considère comme moitié vainqueur, a perdu par rapport à 2008 plus de 6 millions de votes, et le Partito Democratico [de Bersani], qui jusqu’à hier représentait le grand parti monolithique indéboulonnable, avec son appareil imposant, en a perdu 4. Les 25 % d’abstentionnistes ajoutés aux 25 % et plus de Grillo signifient, purement et simplement, qu’un Italien sur deux ne croit plus dans le système des partis. Et ce n’est pas tout.

Maintenant, Bersani, officiellement chargé de former un nouveau gouvernement, est pris de panique, et après l’avoir traité d’ « indigne », de « quelqu’un qui fait sortir les gens de la démocratie, » et autres gentillesses, courtise Grillo et lui propose de soutenir de l’extérieur son futur exécutif, ou bien la présidence de la Chambre, ou encore un poste de ministre.

Mais si je connais bien Grillo et ses projets, et je pense que c’est le cas, ce n’est pas ainsi qu’ils l’attraperont. Je ne crois pas non plus que Grillo, bien qu’il ait dit le contraire, votera pour chaque loi prise individuellement pour peu qu’elles rentrent dans son programme (division par deux du nombre de parlementaires, abaissement de leurs salaires, abolition des retraites spéciales des parlementaires [après seulement 2 ans ½ de mandat – NdT], etc., sur lesquels les partis, parfaitement silencieux jusqu’à hier, ont promis, par peur uniquement, de s’engager. Car cela ne lui conviendrait pas. Ça ne vaut pas le coup de salir d’une quelconque façon, au nom de je ne sais trop quelle « stabilité de gouvernement », avec une classe dirigeante qu’il a lui-même annoncé vouloir renvoyer à la maison, toute entière. Ce qu’il doit faire, c’est attendre. Ce 26 février n’est que la première étape. La seule possibilité qu’il leur reste pour former un gouvernement est une « Grosse Koalizion » [à l’allemande – NdT] entre le Parti Démocratique et le Partito della Liberta. Mais dans ce cas, une telle coalition réunissant les deux ex-grands partis, après toutes les insultes qu’ils se sont échangées durant la campagne électorale, et de par les évidentes contradictions internes qui en résulteraient, s’écroulerait au bout de quelques mois.

Ou bien, on va tout de suite à de nouvelles élections, après avoir évidemment modifié la Loi électorale avec les votes des « grillini » s’il le faut. Dans un cas comme dans un autre, le Mouvement 5 Stelle obtiendrait non plus 25 % des votes, mais entre 40 et 50 %. Et s’en serait fini, une fois pour toutes, de cette classe dirigeante dégénérée.

Certains disent : c’est un grand saut dans l’inconnu. Mais Grillo et [son conseiller] Casaleggio (lui aussi courtisé par les autres partis) ne veulent pas simplement abattre une classe dirigeante. Leur objectif est de revoir de fond en comble le modèle de développement, celui occidental, qui nous emmène vers l’effondrement économique, après avoir réalisé celui social, éthique, humain. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, Grillo et Casaleggio sont des traditionalistes qui utilisent à merveille les moyens ultra-modernes comme le Web, et ils le font pour contrer la Modernité. C’est une partie qui s’annonce difficile, dont l’issue n’est pas connue, et qui concernera les générations à venir. Mais au moins, ce 26 février, nous avons assisté en Italie, pays qui a toujours été un laboratoire [politique], au coup d’envoi d’un nouveau système politique.

Massimo Fini

(Lien vers l’article original)
 

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