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avr 12

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Disparition politique d’Antonio Di Pietro, pourtant il fut un héros populaire

Le parti Italia dei Valori s’est dissous et a disparu de la scène politique italienne en même temps que son fondateur Antonio Di Pietro, qui retournera probablement faire le paysan dans sa campagne de Montenero di Bisaccia. Di Pietro a pourtant été, durant une certaine période, l’homme le plus aimé d’Italie, et en absolu l’homme le plus détesté des politiques, du fait que lui et son extraordinaire équipe de magistrats milanais avaient osé soulever le couvercle des pratiques mafieuses des partis (la « commission occulte » n’est rien d’autre qu’un racket [NdT – « pizzo » en italien] fait sous la menace). La force du juge Di Pietro tenait à son côté « paysan » qui lui faisait appeler les choses par leur nom, et qualifier de « vol caractérisé » ce que d’autres appelaient les « coûts de la politique » (et c’est pour cela que Francesco Saverio Borrelli l’avait choisi comme Procureur de la République à la place d’autres collègues sans doute techniquement plus qualifiés que lui).

En 1992-1994, les journaux, les journalistes, les intellectuels, presque tous compromis avec l’ancienne régime, dans une tentative de se repositionner (exactement comme ce qui se produit aujourd’hui avec l’irruption de Beppe Grillo) se bousculaient pour flatter, féliciter, aduler Antoni Di Pietro. Et de l’interpeler par son petit nom, « Tonino » (cette habitude d’appeler les politiques par leur prénom, Silvio, Bettino, n’est pas innocente, est le signe de cette familiarité bien italienne, l’une des causes principales de l’immoralité dans notre pays. Dans les journaux français ou anglais, on écrit « Monsieur » (Hollande, Cameron). Cela me rappelle un  éditorial du directeur du Corriere della Sera, Paolo Mieli : « 10 questions à Tonino » que j’avais rangé dans un dossier intitulé « Infamies ». Si Di Pietro avait immédiatement quitté sa robe de juge pour prendre ses habits d’homme politique, il aurait réuni quelque 90% de consensus. Je lui ai demandé un jour pourquoi il ne l’avait pas fait (je le vouvoyais, tout comme durant les enquêtes de Mani Pulite, je parlais du « Procureur de la République à Milan », ayant bien conscience des risques ambivalents de la personnalisation). « Cela n’aurait pas été correct ». « C’est vrai » avais-je répliqué, « mais on ne peut pas éternellement combattre avec un bras attaché dans le dos contre un adversaire qui utilise les deux et y ajoute un bâton ».

Aujourd’hui, l’on voit certains magistrats, comme De Magistris, Ingroia, passer directement à la politique, jetant par là même une ombre de doute sur leurs précédentes enquêtes et donnant également corps à la fable berlusconienne des « toges rouges » [juges communistes – NdT]. Les partis, toujours avec l’appui des journaux, avaient réussi leur tour de passe-passe : les vrais coupables étaient les magistrats, les voleurs leurs victimes qui par la suite deviendront les juges de leurs juges.

Di Pietro est un homme anthropologiquement de droite, mais il ne pouvait pas s’y positionner du fait qu’il y avait déjà Berlusconi (lequel, comme à son habitude, avait dès le début tenté de l’acheter en lui offrant le poste de Ministre de l’Intérieur). Il fut obligé de se déplacer sur sa gauche, mais cela ne lui convenait pas, aussi parce que les appareils des partis, ayant encore en mémoire Mani Pulite, le détestaient profondément. S’il y en avait un à abattre, c’était bien Di Pietro. Ainsi, petit à petit, il se rangea aux côtés d’Ingroia, à gauche de la gauche. L’avènement de Beppe Grillo l’a définitivement balayé. Mais à l’heure de la déconvenue, moi qui ne l’ai jamais appelé par son petit nom, j’ai envie de lui dire : Merci Tonino.

Massimo Fini

Il fatto Quotidiano, le 6 avrril 2013
 

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1 comment

  1. Luca

    Bah chi ha scritto l’articolo forse é mal informato….

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