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La grâce hypocrite accordée par le président italien à un agent de la CIA coupable d’enlèvement

Le Président de la République italienne, Giorgio Napolitano, a gracié sans que cela lui soit demandé, ni par l’intéressé ni par les autorités américaines, l’agent secret Joseph Romano, qui en 2003 était à la tête de la base militaire de l’OTAN d’Aviano, et qui avait été condamné le 19 septembre dernier par la Cour de Cassation – et donc de manière définitive – à 7 ans de réclusion pour l’enlèvement à Milan en février 2003 de l’imam radical Abu Omar, coupable simplement d’être ce qu’il était, un imam radical. En même temps que Romano, la Cour de Cassation avait condamné 22 agents de la CIA qui avaient participé à l’opération, y compris le chef du Renseignement américain à Milan, Bob Lady. Des condamnations auxquelles s’ajoutent, en appel pour le moment, celles de 3 autres agents de la CIA opérant à l’époque à Rome sous passeports diplomatiques.

Dans cette opération que les Américains qualifièrent d’ « extraordinary renditions » (par lesquelles les 007 américains sont autorités à accomplir toute sorte de délits et de crimes en territoire étranger, en violation de toutes les normes de droit international, au prétexte de la lutte contre le terrorisme), le rôle de Romano fut essentiel. En tant que chef de la base OTAN d’Aviano, qui jouit du privilège d’extraterritorialité, il fit entrer les auteurs matériels de l’enlèvement. De là, ce fut un jeu d’enfant de transférer Abu Oma vers l’Égypte de l’allié d’alors, Osni Moubarak, pays où la torture est admise et pratiquée. Et en effet, dans les prisons égyptiennes, Abu Omar fut soumis à des tortures physiques et des humiliations tout à fait dans le style d’Abu Ghraib, Guantanamo, voire pire.

Giorgio Napolitano ne pouvait conclure son septennat de pire manière. Le fait même qu’il ait ressenti le besoin de justifier son acte par des chicaneries juridiques, que tous les juristes questionnés sur le sujet estiment – pour les plus cléments – être des « sottises », montre bien qu’il n’a pas la conscience tranquille. La grâce est une prérogative exclusive du Chef de l’État, un héritage du pouvoir royal, qu’il peut exercer comme bon lui semble. Mais Napolitano, avec l’hypocrisie typique catholico-communiste, a voulu présenter sous un angle juridique, désavouant ainsi encore une fois, à la façon de Berlusconi, l’ensemble de la Magistrature italienne, une décision purement politique. Car Joseph Romano, qui s’est depuis longtemps enfui aux USA, comme tous les autres 007 condamnés, ne courait absolument aucun risque de finir en prison. Non seulement parce que les Américains, qui n’admettent pas que leurs militaires soient jugés à l’étranger tout en exigeant que ceux de leurs ennemis soient expédiés devant la Cour pénale internationale de La Haye, ne nous l’auraient jamais livré (comme cela avait déjà été le cas pour le pilote responsable de la tragédie de Cermis, avec 20 morts à la clef, ou encore pour les militaires US de la base de Naples qui violaient les jeunes Napolitaines, et courraient se réfugier dans leur extraterritorialité), mais parce que chacun des 6 ministres italiens de la Justice depuis l’affaire Abu Omar (Castelli, Mastella, Scotti, Alfano, Palma, Severino) s’étaient empressés, à peine en poste, de rassurer les Américains en précisant qu’ils renonçaient à tout mandat international de recherche visant ces fugitifs.

Nous nous étions donc déjà totalement aplatis devant les Américains, qui ont le droit de faire ce qu’ils veulent, de commettre même les crimes les plus répugnants comme la séquestration de personnes ou la torture, même si ce fut par pays interposés, en l’occurrence l’Égypte. Le président Napolitano a tenu à faire ce geste supplémentaire de soumission. Pour ceux qui ont à cœur, malgré tout, la dignité de notre pays, les paroles de Dick Mary, rapporteur du Conseil de l’Europe pour les enquêtes sur les vols secrets de la CIA, résonnent de façon lugubre : « Ceci n’est pas un acte de justice, mais de totale soumission aux Etats-Unis. »

Massimo Fini

Il Gazzetino, le 12 avril 2013

 

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