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fév 13

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Le perdant, c’est toujours l’électeur

Quelle agonie. On ne peut pas allumer le poste de télévision sans tomber immédiatement sur ces mêmes visages qui pontifient. On ne peut allumer la radio sans entendre leurs voix odieuses ni feuilleter un journal sans se voir submergés par un torrent de déclarations contradictoires, sans motivations, irréalistes, hyperboliques. Et ils semblent tombés de la dernière pluie. Tous vierges et purs. Pas un pour avoir, après 20 ou parfois 30 ans de vie politique, l’honnêteté intellectuelle d’assumer au moins en partie quelque responsabilité dans le désastre économique et moral dans lequel notre pays a sombré. Chacun la rejette invariablement sur l’adversaire, ou présumé tel. Ce spectacle devrait suffire à faire dire au citoyen doté d’un minimum de discernement : vous savez quoi ? Je ne vote pas, je ne veux pas vous légitimer, pour la nième fois, pour que vous me commandiez encore 5 ans, pendant lesquels je devrai de surcroit vous payer grassement.

La démocratie représentative est une fiction dont le rite principal est les élections. Il l’est d’autant plus que, depuis la chute du communisme, tous les partis, mis à part quelques exceptions sans grande signification, ont accepté ce marché libre qui, avec le modèle industriel, est le mécanisme réel qui dicte nos conditions d’existence, nos styles et nos rythmes de vie, et dont la démocratie est simplement l’enveloppe légitimante, l’emballage plus ou moins brillant qui entoure ce bonbon empoisonné. Les vieilles catégories de « droite » et « gauche » n’ont plus aucun sens (s’ils en ont jamais eu un, étant donné que le marxisme n’est que l’autre face de la même médaille, celle de l’industrialisme). Il n’y a plus de classes, seulement une énorme classe moyenne indifférenciée qui a, plus ou moins, les mêmes intérêts.

Pourtant cette classe moyenne, par habitude, ou suite au constant lavage de cerveau opéré par les médias liés à la classe politique (la seule classe qui ait survécu) se divise entre droite et gauche selon la même logique qui motive les supporters du club de foot de la Roma, de la Lazio, de Milan ou de l’Inter.

Et lorsque ce que l’on appelle le « peuple de gauche » (ou « de droite ») descend dans la rue pour fêter quelque victoire électorale, dansant, chantant, sautant, s’agitant, et s’exaltant, cela revêt un caractère particulièrement pathétique, car les avantages qu’il retire de cette victoire sont purement imaginaires, ou dans le meilleur des cas sentimentaux, tandis que les vrais bénéfices vont non pas à ces spectateurs abusés, mais à qui dispute la bataille du pouvoir, (la « Caste » comme l’appelle Gian Antonio Stella).

À chaque scrutin électoral, il y a un seul perdant à coup sûr, et ce n’est pas la faction qui a perdu (à qui sera attribué quelque poste dans l’administration, en attendant de pouvoir rendre la pareille au prochain tour), mais bien le peuple festoyant, tout comme celui resté à la maison à ruminer sa rancœur pour les mêmes raisons absurdes qui poussent l’autre à descendre dans la rue. Que ce soit le Milan ou l’Inter qui gagne, c’est toujours au spectateur de payer le spectacle.

Massimo Fini – Il Fatto Quotidiano, 9 février 2013

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